Préambule
Citation
D’après la « Théorie
anthropologique traditionnelle », les êtres humains sont à la
fois les êtres qui pensent et dont
les préoccupations sont morales et intellectuelles, et des êtres qui agissent ou qui
tentent de résoudre des problèmes pratiques. En tant qu’ils agissent,
les hommes sont confrontés fondamentalement à des représentations qu’ils
tentent de maîtriser pour s’adapter à leur environnement. En tant qu’êtres
de pensée, ils essaient de comprendre et d’évaluer, et c’est en ce sens
qu’ils prennent en compte les opinions de leurs semblables. En tout état de
cause, ils préfèrent l’approbation à la censure et s’inquiètent de savoir s’ils
ne sont pas de simples visionnaires (Ulf
Hannerz, Explorer la ville. Eléments d’anthropologie urbaine. Les Editions de
Minuit. Paris, 1983)
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Situation et contexte géographique du Territoire
Sur
le plan national, le territoire des pays de Yasa-Kwaya-Mokamo se situe à l’Est
de Masimanimba (ex. Fumuputu), chef-lieu de la Zone administrative (Département)
de référence dans l’actuelle Province de Bandundu, en République Démocratique
du Congo (R.D.C.) en Afrique centrale. Il fait partie des paysages géographiques de
la « région naturelle » subtropicale du Plateau de Kwango Kwilu, à
l’ouest de la Cuvette centrale africaine, dans sa partie régionale congolaise.
C'est une contrée géographique habitée par les tributs faisant partie de l'ethnie Yaka du peuple Bantu de l'Afrique centrale tandis que le territoire, en soi se meurt, avec une histoire locale presque inexistante-
et ses élites ne s’y sont que très rarement penchés.
La transhumance des populations et sociétés de campagnes vers les villes a cassé le "modèle" social traditionnel et aggravé indirectement les déséquilibres géographiques entre la campagne défavorisée et la ville émergente. Ne pas agir pour redynamiser certains territoires fragilisés, c'est accepté, en étant quelqu'un d'averti que des pans entiers des espaces ruraux soient effacés des almanachs socioculturels traditionnels.
En ce qui
concerne aussi les productions agricoles et le monde paysan, il y a un grand besoin
de pouvoir les identifier, d’en circonscrire les rayons d’action et de
spécialités, et de travailler dans le transfert transversal des savoir-faire
locaux pour booster le rendement de l'agriculture vivrière.
A l'heure des déclins des écosystèmes exploités du fait de la pression anthropique, quelles
sont, par exemple, les pratiques culturales en vigueur et pour quel rendement ? De même, tandis que se réduit la distance ville-campagne, quels sont les vécus socioculturels de cette contrée aujourd’hui?
En effet, les études diagnostic l'ont déjà démontré que la percée de modes vies urbaines en milieu rural a comme conséquence,
l’amoindrissement des activités traditionnelles et le recul des pratiques
agricoles. Enfin, dans un contexte de vie rurale tournée vers l’économie du marché et
les produits manufacturés issus du commerce ambulant, les
populations autochtones ont du mal à suivre – du fait de leur pouvoir d'achat jugé insuffisant.
La percée de modes vies urbaines en milieu rural a comme conséquence, l’amoindrissement des activités traditionnelles et le recul des pratiques agricoles… Dans un contexte de vie rurale tournée vers l’économie du marché et les produits manufacturés issus du commerce ambulant, les populations locales ont du mal à y faire face – du fait de leur revenu insuffisant.
La Problématique des Milieux ruraux
Nous nous sommes posé cette question essentielle : au moment où les limites entre villes et campagnes s’amenuisent
alors même que l’histoire réelle des peuples de Kwaya-Yasa-Mokamo n’est pas
encore écrite, que restera-t-il des traditions, us et coutumes si dans
l’histoire présente, il n’en existe point des marqueurs hérités de la vie d’autrefois?
Quels lègues traditionnels sauront résister aux ravages du développement moderne,
des outils informatiques et des réseaux Internet pour ainsi devenir
intemporels ? Comment mieux comprendre enfin ce qui se passe dans ces
lieux de vie et dans ces campagnes qui rapprochent des gens, le font cohabiter,
si le projet de société continue de les maintenir dans l’ignorance de leur
passé ? Même si le droit coutumier est de moins en moins prééminent, des
conflits latents ou déclarés entre communautés locales, avec toutes les
souffrances qui en résultent, ne trouvent-ils pas racines justement dans cette forme
d’ignorance d’une histoire commune ou fusionnelle ?
Voilà pourquoi
nous avons initié le projet de Maison des Pays de Yasa, avec un volet
socioculturel comprenant l’installation d’un Musée d’histoire locale. Ce
travail de « Mémoires partagées » est une œuvre unique parce
qu’initiée sur un terrain vierge, en impliquant les autochtones et les acteurs de
tout bord intéressés et concernés- à travers un « Projet »
anthropologique et socioculturel d’un territoire qui se racontera et s’illustrera.
L’humanisme plus large et intégral (contraire au modèle classique occidental) tel que prôné par Claude Lévi-Strauss doit être multipolaire, diversifié et décentré- dans la mesure où il rend compte de la multiplicité et de l’unité des mondes humains… Et la meilleure façon de le diversifier est celui de considérer l’anthropologie sociale (dans le cas qui nous concerne), à côté de l’histoire, de la sociologie, de l’économie, etc. comme moyens de comprendre le « fait humain » à travers le temps. Tel est le contexte de cette contrée de Yasa en République Démocratique du Congo. Car toutes les connaissances interdisciplinaires sont nécessaires pour compléter les pages d’histoire d’une communauté, des sociétés ou d’une Nation. Et la meilleure contribution à toute œuvre d’histoire en question ne peut être apportée en première ligne que par tous ceux et toutes celles qui l’ont mieux vécue et donc, peuvent mieux en témoigner, en participant à sa gravure écrite et intemporelle. Pour ainsi paraphraser Claude Lévi-Strauss (1954) disant que ‘‘comme les autres, la civilisation occidentale accomplit sont temps et remplit son destin ; peut-être le moment est-il venu pour elle de passer la main’’ aux autres Civilisations. – il y a lieu de réaffirmer surtout que le temps est venu aux peuples africains en général et aux habitants des pays de Yasa et des territoires associés, de transcrire leur histoire passée et présente. Cela voudrait dire puiser dans leurs propres quotidiens et marmites des connaissances et des souvenirs, les différents repères et totems qu’ils sauront partager avec les autres générations universelles.
Objectifs du Projet
De tout ce qui précède, les objectifs du projet de « Maison des Pays de Yasa-Bonga-Kwaya-Mokamo », en sigle, MAPYK, sont nombreux et inter-connectés. Mais l'objectif fédérateur de tous, c'est de "contribuer à l’attrait du territoire du secteur Mokamo en général, à travers des initiatives de projets et de programmes de
développement local innovant, sans toujours s’appuyer sur des vieilles
structures géographiques héritées de l’époque coloniale et des œuvres
missionnaires.
Le Musée du Territoire prévu dans un des volets du projet en deviendra un "Graveur de Mémoire" pour que des souvenirs
et des pages d’histoires des hommes et des territoires, membres de cette société traditionnelle, se transmettent de génération en génération, avec des symboles réunis en un seul lieu. Un Musée d’histoire locale et d'initiative populaire est une démarche rarissime dans la pensée humaine traditionnelle comme dans la démarche des acteurs habituels de
développement local. Ce musée serait un véritable lieu de culture et d'histoire locale dans ses ambitions et dans sa programmation. C'est en quelque sorte un juste retour de l’ordre normal
des choses, en se faisant une place de choix dans le concert de la nation congolaise,
et dans la nouvelle donne géographique régionale du Kwilu décentralisée.
Dans la Grande marche de l’histoire régionale, un Musée des pays de Yasa-Kwaya-Mokamo intervient dans la logique des choses. L’initiative ne vise pas à nous faire un Nom ni une quelconque notoriété, au contraire, elle est pertinente dans la mesure où la prise de conscience est d’époque. Il n’y a qu’à prendre connaissance du « Manifeste du 8 mai 2012 » (Journal Libération, Paris, 2012) signé par un groupe d’intellectuels français exigeant la mise en place d’un « musée des histoires coloniales »[1]. ; lesquels intellectuels se réjouissaient d’avoir vu apparaître dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2012 des projets muséaux, instituts et autres organismes culturels censés offrir une visibilité à des récits jusqu’alors exclus de la «Grande» histoire de France tels que l’histoire de l’esclavage et de ses abolitions, les «cultures noires», l’histoire des harkis, des «pieds-noirs», des colons…
Dans la Grande marche de l’histoire régionale, un Musée des pays de Yasa-Kwaya-Mokamo intervient dans la logique des choses. L’initiative ne vise pas à nous faire un Nom ni une quelconque notoriété, au contraire, elle est pertinente dans la mesure où la prise de conscience est d’époque. Il n’y a qu’à prendre connaissance du « Manifeste du 8 mai 2012 » (Journal Libération, Paris, 2012) signé par un groupe d’intellectuels français exigeant la mise en place d’un « musée des histoires coloniales »[1]. ; lesquels intellectuels se réjouissaient d’avoir vu apparaître dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2012 des projets muséaux, instituts et autres organismes culturels censés offrir une visibilité à des récits jusqu’alors exclus de la «Grande» histoire de France tels que l’histoire de l’esclavage et de ses abolitions, les «cultures noires», l’histoire des harkis, des «pieds-noirs», des colons…
[1] Parmi les signataires figuraient Jean-Christophe
Attias, Esther Benbassa, Pascale Boistard, Ahmed Boubeker, Patrick Chamoiseau,
Alexis Corbière, Catherine Coquery-Vidrovitch, Didier Daeninckx, Driss
el-Yazami, Benoît Falaize, Eric Fassin, Olivier Ferrand, Bariza Khiari, Jacques
Martial, Fadila Mehal, Achille Mbembe, Olivier Poivre d’Arvor, Claudy Siar,
Benjamin Stora, Yazid Sabeg, Christiane Taubira…
Le Pôle Multimédia
Le << Pôle multimédia >> comprendra une Station de Radio-Télévision rurale, un carré Informatique et une Médiathèque ou centre de documentation.
La radio-télévision locale est une passerelle audio-visuelle d’expression et d’expériences locales partagées. La station radio servira de passerelle radio-phonique et de retour d'images télévisuelles pour des territoires et des habitants en pleine mutation culturelle et au tournant de leur histoire politique et socio-économique.
Cette action répond surtout à un
impératif socioculturel pour fournir aux nombreux groupes scolaires locaux, aux communautés de base et aux
ressortissants de la contrée de la collectivité Mokamo de la Documentation pluridisciplinaire.La production des documentaires et des supports multimédias, en collaboration avec la Station Radio-Télévision s'articulera sur des sujets divers et sur des éléments de leur
propre histoire.
Anthropologie,
Histoire, Géographie, Santé publique, Culture générale et Dessins animés constitueront la base documentaire qui
sera enrichie au fil des ans.
Une Maison de santé communautaire
C’est un
dispensaire et un pôle des soins de santé primaire et de première urgence en milieu rural.
Il assurera également et surtout la mission de pôle de médecine
préventive et de formation sanitaire, à travers la sensibilisation des populations aux endémies et pandémies qui sévissent avec acuité dans leur secteur de vie et/ou au niveau national.
Notre posture scientifique
En voulant réactiver la mémoire d’un territoire et de ses hommes, il faut
souligner au passage que beaucoup de tenants de cette histoire locale et des
souvenirs de la contrée de Yasa-Bonga-Kwaya-Mokamo n’y sont plus. ‘‘En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt,
c’est toute une bibliothèque vivante qui disparaît avec lui (Cheik Ante Diop)’’. Quels gâchis, donc, de n'y avoir pas pensé plus tôt (la faute aux élites locales) pour faire parler de leur vivant, les Grands chefs coutumiers d’autre fois.
Cependant, dans les pleures de ce peuple autochtone et de ses tributs locales (Mbala, Ngongo, Songo et Yansi) comme en parcourant ses territoires en mutations, il existe des polyphonies qui interrogent le passé, peignent le présent et scrutent l’avenir. Mais face à ces diverses complaintes existentielles, les autochtones ne peuvent seuls y apporter des réponses plausibles et durables. Le vide constaté sur le terrain concernant l'absence des structures de portage de mémoire justifie cette initiative communautaire qui nous tient à cœur qu’est l’aménagement de la « Maison des Pays de Kwaya-Mokamo-Yasa) dont nous sollicitons l'appui des autres acteurs de développement et la mobilisation continue des populations locales impliquées.
Cependant, dans les pleures de ce peuple autochtone et de ses tributs locales (Mbala, Ngongo, Songo et Yansi) comme en parcourant ses territoires en mutations, il existe des polyphonies qui interrogent le passé, peignent le présent et scrutent l’avenir. Mais face à ces diverses complaintes existentielles, les autochtones ne peuvent seuls y apporter des réponses plausibles et durables. Le vide constaté sur le terrain concernant l'absence des structures de portage de mémoire justifie cette initiative communautaire qui nous tient à cœur qu’est l’aménagement de la « Maison des Pays de Kwaya-Mokamo-Yasa) dont nous sollicitons l'appui des autres acteurs de développement et la mobilisation continue des populations locales impliquées.
Notre parcours scientifique et d’agent de développement local nous
invite à vaincre nos préjugés, et à prendre du recul dans notre démarche
épistémologique pour corriger nos observations. L’esprit de ce travail y est
intimement attaché pour garantir l’objectivité du projet, sa pertinence
historique et son ancrage anthropologique et sociologique ainsi que ses atouts et impacts
sur le territoire de prédilection.
Telle
peut être notre contribution dans l’enrichissement du patrimoine local et
régional.
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(Gody Munap', chercheur associé en Géographie & Aménagement du Territoire)
Lyon, décembre 2014

